• Réflexion de Dan Fodio sur les Etats-Unis d'Afrique

    Etats-Unis d'Afrique: La voie de la raison et du réalisme

    Par Dan Fodio ( Les Echos/Mali) Les Etats-Unis d'Afrique est un rêve de toutes les générations d'Africains conscients de l'importance de l'unité et de l'intégration dans le développement de leur continent. Ce combat engagé par de grands panafricanistes comme Nkrumah et Modibo Kéita trouve encore des relais dans la génération consciente d'aujourd'hui qui pousse les décideurs vers l'intégration. Mais, il faut aussi se dire que le destin d'un continent ne saurait être précipité pour réaliser l'ambition d'un homme ! Le projet de Kadhafi est utopique et ne vise qu'à lui permettre de réaliser un rêve personnel : président de l'Afrique !

    « Le modèle démocratique et pluripartite n'a apporté que le chaos en Afrique. Mais, la progression du continent noir vers un gouvernement fédéral apporte une lueur d'espoir » ! C'est ce qu'a déclaré Mouammar Kadhafi, Guide de la Jamahiriya libyenne et nouveau président de l'Union africaine (UA). C'était le 4 février 2009 après la clôture du houleux sommet de l'UA. Un 12e sommet qui s'est finalement terminé 24 h plus tard que prévu. Après une houleuse discussion de plusieurs heures à huis clos, les dirigeants africains étaient finalement tombés d'accord pour réformer l'Union.

    Ainsi, dès le prochain sommet de l'organisation qui doit se tenir à Madagascar, les présidents africains transformeront l'actuelle Commission de l'UA en une Autorité. Et les commissaires deviendront des secrétaires, comme on le voit dans l'administration américaine, avec des pouvoirs élargis.

    Et pourtant, cet accord est loin d'être un consensus sur l'avenir de l'Union divisée entre fédéralistes et souverainistes. Le clivage entre les deux camps est flagrant au point que certains diplomates pronostiquent déjà « une grave crise en raison des différences de conception et d'approche de l'unité africaine, mais aussi de la souveraineté ». Et l'activisme du colonel Kadhafi n'a pas été de nature à améliorer la situation.

    Proclamé ou autoproclamé « Roi des rois », le colonel Kadhafi n'a pas été suivi dans sa volonté de mettre sur pied, coûte que coûte, un gouvernement fédéral africain. Toutefois, l'homme n'est pas prêt à renoncer à son ambition d'être proclamé le « premier président des Etats-Unis d'Afrique ».

    Surtout qu'il est conscient de son influence et de la largesse de sa marge de manœuvre en Afrique subsaharienne, surtout dans le Cen-Sad. Il y est craint pour ses pétrodollars qui ont une vraie influence sur les rébellions de la zone sahélo-saharienne, notamment au Mali, au Niger, au Tchad voire au Soudan.

    « La politique de Kadhafi sur le continent est faite d'un mélange de menaces et de séduction, et ça marche » , analyse un confrère. Après le camouflet de l'échec de son projet de l'Union du Maghreb arabe (Uma), le Guide libyen s'est rabattu sur le projet panafricaniste qui avait fait son chemin aux moments des indépendances.

    Sauf que dans le projet de Kadhafi, il y a beaucoup plus d'ambition personnelle qu'une volonté réelle de permettre à l'Afrique de prendre son destin en main par l'intégration. Contrairement à ce que beaucoup pense, le colonel controversé est loin de convaincre les Africains sur la sincérité de son projet.

    A commencer par les dirigeants des Etats qui sont de moins en moins nombreux à le suivre. La preuve est que le débat sur le gouvernement de l'Union, qui a occulté les autres thèmes comme l'amélioration des équipements, a été particulièrement houleux cette année.

    Concrètement, un conseil des ministres va se pencher sur la question de la transformation de la Commission de l'Union en Autorité continentale. Une Autorité qui sera donc le prélude aux Etats-Unis d'Afrique. D'éventuels amendements à l'acte constitutif seront examinés. Les ministres présenteront leurs conclusions aux chefs d'Etat à Madagascar, début juillet 2009.

    Les préalables de la fusion politique

    Aujourd'hui, il ne fait l'ombre d'aucun doute que l'intégration est « le seul moyen d'affronter les défis de la mondialisation, de lutter contre la pauvreté et de résoudre les conflits sans ingérence occidentale ». Mais, il ne faut pas précipiter le processus pour faire plaisir à un seul homme. Les Etats-Unis d'Afrique ne se construiront pas du jour au lendemain ou au lendemain d'un sommet des dirigeants. C'est un long processus dont il ne faut pas brûler les étapes.

    L'Europe nous en donne chaque jour la preuve avec son nouveau Traité qui a du mal à entrer en vigueur. Et pourtant, ce serait déjà une avancée énorme si l'Afrique parvenait à réaliser l'actuel modèle d'intégration européenne. Il s'agit, comme l'Union européenne, de faire de l'UA un marché commun. Nous ne demandons pas non plus de reproduire sur notre continent ce modèle, comme on a la mauvaise habitude, mais de s'en inspirer et de l'adapter au contexte africain.

    C'est dire que l'intégration économique doit précéder la fusion politique qui est un très long processus difficile à mettre en place. Déjà, au niveau sous-régional, nous avons du mal à atteindre réellement cette intégration économique. Les Etats-Unis d'Afrique est un rêve que les Africains peuvent réaliser, mais en restant raisonnable et réaliste. C'est dire qu'il y a des préalables à respecter comme le soulignait si pertinemment un confrère burkinabé.

    Il s'agit par exemple de « la libre circulation des personnes et des biens » qu'on ne cesse de prôner depuis le temps de l'Organisation de l'unité africaine. Cela n'est pourtant une réalité dans aucune des régions africaines. C'est pourtant « un facteur d'une véritable intégration, de l'interpénétration des peuples et un préalable indispensable donc pour le projet de fédération ».

    L'un des fondements de la Fédération des Etats africains doit être « la suppression des visas et le démantèlement des barrières frontalières entre les pays africains ». La création d'un marché économique commun et d'une zone monétaire équilibrée devra suivre pour donner une assise socioéconomique solide à l'intégration politique.

    Toute démarche contraire équivaudrait à mettre la charrue devant les bœufs !

     


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