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    Session extraordinaire de l'Assemblée Nationale: Les députés dans un dilemme

    Par Daba Balla KEITA ( Nouvel Horizon ) Depuis le 14 juillet dernier les députés ont entamé la deuxième session extraordinaire de l'Assemblée Nationale au titre de la 4ème législature. Il faut rappeler que la première session extraordinaire a eu lieu en septembre 2007. Pour la présente session extraordinaire, plus de sept projets de loi sont sur la table de l'Assemblée Nationale.

    Parmi ceux-ci deux retiennent l'attention des observateurs. Il s'agit du projet de loi portant privatisation de la CMDT et celui portant introduction des OGM au Mali. Comment concilier l'intérêt des populations et celui du gouvernement? Entre deux maux, il vaut mieux choisir le moindre.

    Les députes face au jugement de l'histoire

    Si l'on organise aujourd'hui un référendum pour la privatisation de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT) et l'introduction des Organismes Génétiquement Modifiables (OGM), il y a fort à parier que le non l'emportera sur le oui. Ça c'est la conviction de plusieurs députés à l'Assemblée Nationale. En tant qu'elus du peuple, ils sont donc aujourd'hui face au jugement de l'histoire qui pourrait retenir que c'est sous la quatrième législature que la CMDT a été privatisée.

    La loi organique a fixé l'indemnité des députés à 20 000 F CFA/jour et par député, qu'il s'agisse d'une session ordinaire ou extraordinaire. Quand on sait qu'il y a 147 députés à l'Hémicyle de Bagadadji, le gouvernement est prêt si ce n'est déjà fait à débourser 58 800 000 F CFA en raison de 400 000 F CFA/député pour les 20 jours que durera la présente session.

    En plus de l'aspect pécuniaire à la charge du gouvernement, sur les 147 députés seulement 19 sont de l'opposition. Le reste, soit 128 parlementaires se réclament de la majorité présidentielle. Il ne serait donc pas logique que la majorité des députés dise non au gouvernement alors qu'elle avait déjà dit oui le 17 décembre 2007 lors de l'adoption de la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement (DPG).

    Un menu au gout amer

    Par décret n°08-0389/P-RM du 11 juillet 2008, le président de la République, sur proposition du Premier ministre, a convoqué l'Assemblée Nationale en session extraordinaire à compter du 14 juillet au 2 août 2008, soit 20 jours. Conformément à l'article 66 de la Constitution, l'ordre du jour de cette session extraordinaire comporte plus de sept projets de loi.

    Le projet de loi portant privatisation de la CMDT, celui l'introduction des OGM au Mali. Il y a aussi le projet de loi portant protection des forêts classées, celui autorisant le gouvernement à ratifier le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion et le règlement des conflits dans l'espace CEN-SAD adopté à Bamako le 5 mai 2004.

    Les députés sont également appelés à se pencher sur le projet de loi autorisant la ratification de l'accord de prêt additionnel relatif au financement du développement des ressources halieutiques dans le lac de Sélingué.

    Sans nul doute, les élus de la nation adopteront le projet de loi portant financement du PADESOI sur fonds OPEP, le projet de loi portant création de la Direction des Ecoles Militaires et enfin le projet de loi autorisant le gouvernement à prendre certaines mesures par ordonnance avant la session d'octobre prochain.

    Ces mots doux qui assassinent

    Sous l'appellation du projet de loi autorisant la cession d'actions de l'Etat dans le capital de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles, se cache la privatisation de la CMDT. Pourquoi ne pas appeler le chat par son nom ? Le gouvernement veut-il endormir les gens par des mots doux qui assassinent ? En tout cas, la problématique de la privatisation de la CMDT est très sensible car, c'est l'avenir de plus de 3 millions de cotonculteurs qui est menacé.

    Au-delà, on peut même affirmer que la sécurité alimentaire du pays est compromise si jamais ont bradait la CMDT. Les zones cotonnières sont des zones de production céréalières par excellence. C'est le coton qui fait vivre également les transporteurs, les pétroliers entre autres.

    L'on se rappelle que lors de la plénière du 1er juillet 2008, ledit projet de loi a été renvoyé à la demande de la commission des Finances, de l'Economie, du Plan et de la Promotion du Secteur Privé pour nécessité d'approfondir son examen. En l'espace de deux semaines, les députés ont-ils fini de cerner tous les contours liés à la privatisation de la CMDT ?

    Pour l'introduction des OGM au Mali, le gouvernement se cache sous l'appellation de <<sécurité en="" biotechnologie=""></sécurité>> en République du Mali. Le Malien moyen ne comprendra pas peut être la <<sécurité en="" biotechnologie=""></sécurité>>, mais il peut bel et bien comprendre l'introduction des OGM.

    Tout comme la privatisation de la CMDT, le projet de loi relatif aux OGM a été, à son tour, renvoyé le 1er juillet dernier à la demande de la commission de Développement Rural et de l'Environnement de l'Assemblée pour approfondir ledit projet de loi par des informations complémentaires. Les élus du peuple ont-ils eu les compléments de leurs informations ?

    Pourquoi l'abolition de la peine de mort ne figure pas au menu ?

    Depuis un certain temps, le débat sur l'abolition de la peine de mort en République du Mali fait rage. Le projet de loi portant abolition de la peine de mort est depuis plus de trois mois sur la table de l'Assemblée Nationale. Les plus hautes autorités veulent d'inscrire notre pays sur la liste des rares pays respectant les droits de l'Homme.

    Mais les associations ainsi que les partis politiques à caractère islamique n'entendent pas de cette oreille. C'est pourquoi, ils ont fait monter la pression en organisant des conférences de presse, des marches, des meetings de protestation. Est-ce ces pressions qui ont fait reculer le gouvernement ?

    En tout cas, le projet de loi portant abolition de la peine de mort en République du Mali ne figure pas au menu de la session extraordinaire du 14 juillet au 2 août 2008.



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